- Méthode de taille du pommier et du poirier au jardin. -

 

 

La méthode présentée ici, est extraite de l’excellent ouvrage pratique de l’architecte de jardin Jules Loumaye « Précis de culture maraîchère et d’arboriculture », paru en ... 1905! Elle est toujours parfaitement d’actualité pour l'arboriculture fruitière au jardin.

 

Je tiens tout d'abord à insister particulièrement sur l’achat des arbres fruitiers destinés jardin, lequel ne doit pas être fait à la légère, mais bien avec le conseil d’un (bon) spécialiste, sous peine de désillusions; en effet, c'est seulement après plusieurs années - jusqu'à 10 ans avec des hautes tiges - que l'on constatera que la variété achetée ne convient pas: les fruits pourrissent, n'arrivent pas à maturité, l'arbre est parasité, ne porte pas ou seulement une année sur deux, ou il dépérit puis meurt ... et tout est à recommencer!

 

·       L’espace disponible étant souvent restreint, on choisira dans ce cas des variétés greffé sur des porte-greffes nanisants, induisant une végétation modérée (M9 ou MM106, déjà plus grand, pour le pommier; cognassier pour le poirier).

 

Ces basses tiges ont d'autres avantages:

 

Les hautes tiges, nécessitant une échelle ou un "codeu" pour la cueillette, laquelle s’avère donc lente ou dangereuse, sont à mon sens obsolètes, en dehors de l'utilisation paysagère de leur aspect décoratif ou d'une production destinée au pressage, pour la fabrication de jus ou de cidre, pour lequel des pommes blessées en tombant peuvent convenir.

 

·       Les arbres fruitiers seront plantés à distance adéquate, en fonction du porte-greffe utilisé.

 

·       Contrairement aux vergers commerciaux, les soins nécessaires aux arbres fruitiers du jardin ne peuvent pas être fastidieux, sinon ils ne seront pas faits, que ce soit par manque de temps, par la difficulté de se procurer les pesticides adéquats ou par manque de connaissances dans ce domaine; par ailleurs, l’on désire aussi de plus produire "bio" sans pesticides de synthèse.

Le choix des variétés pour le jardin se portera donc sur des variétés résistantes aux principales maladies, nécessitant un minimum de traitements, voire pas du tout.

 

·       Les variétés commerciales ne conviennent en général pas, car la majorité d'entre elles est incapable de donner une récolte sans utilisation massive de pesticides; de plus, certaines de leurs qualités commerciales (résistance aux manipulations et au transport, uniformité des calibres récoltés, récolte en une seule fois, aspect tape-à-l’œil,…etc.) sont totalement inutiles au jardinier amateur, lequel cherche à obtenir de son verger des fruits sains aux saveurs variées, qui seront consommés sur place.

 

·       Le sécateur ne sera pas un modèle dit "à enclume", lequel écrase les branches, mais à deux lames, donnant une coupe nette, moins susceptible de s'infecter.

 

·       Afin d’éviter les infections, les plaies de taille importantes seront recouvertes de mastic cicatrisant.

 

·       Avant la plantation, d'autant plus s'il s'agit d'un grand verger nécessitant un investissement important, il est conseillé de faire une analyse de sol, et de corriger les éventuels déséquilibres et carences en éléments nutritifs. Elle est peu couteuse (15,00 à 25,00 €) et vos fruitiers vous en remercieront largement par des récoltes plus hâtives, plus abondantes et de meilleure qualité.

 

·       Enfin, un dernier point très important: si votre futur verger abrite le campagnol terrestre (la "ratte"), il vous faudra tapisser le trou de plantation (0,5 x 0,5 m) de treillis pour poussin, à petites mailles et rabattre celui-ci sur la base du tronc de votre pommier; celui-ci sera planté de façon à laisser le point de greffe à 5 - 10 cm au dessus du sol. Il en va de la vie de votre arbre!

     La présence de campagnol terrestre est assez facile à détecter: comme la taupe, il fait des "taupinières", mais la galerie en dessous arrrive à son centre dans le premier cas et au bord dans le deuxième. 

 

Pour terminer, soyez rassuré: même si vous ne suivez pas à la lettre tous les conseils de taille qui suivent, il aura quand même une récolte satisfaisante, si vous avez choisi de bonnes variétés !

 

 

 

 

 

Jacques Paquot

Ingénieur en agriculture

 

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1. Observations.

 

 

 

1.1. Végétation naturelle.

 

 

La tige d'un an ou "scion" (fig.51) porte, comme tout rameau, un œil terminal et des yeux latéraux.

 

 

L'année suivante l'œil terminal fournit un prolongement (p fig.52). Quant aux productions latérales (b, d, l), elles sont d'autant plus courtes qu'elles s'éloignent d’avantage du sommet. Le plus souvent même, les deux ou trois yeux de la base restent endormis: il faut recourir au cran (B fig.50) pour les obliger à percer.

 

 

La troisième année, nouveau prolongement et nouvelles ramifications latérales (fig. 53). Quant aux précédentes, les plus fortes s'allongent d'une certaine mesure. Les courtes, au contraire, développent une simple rosette de feuilles et reconstituent leur œil terminal sans s'allonger sensiblement.

 

 

Des phénomènes analogues se représentent chaque année.

 

 

 

1.2. Végétation d'une branche taillé.

 

 

La végétation d'une branche taillée (fig. 54) est tout autre:

les deux ou trois yeux avoisinant la coupe poussent démesurément (g); par contre les productions inférieures restent très faibles; on constate même une proportion d'yeux endormis plus forte que dans la végétation naturelle.

 

 

La comparaison des résultats démontre l'incontestable supériorité du système de la non-taille appliqué aux prolongements.

 

 

 

1.3. Productions fruitières.

 

 

Les ramifications latérales, qui constituent les branches fruitières, ont reçu différents noms :

 

1.     Celles qui sont très fortes et très longues - on ne les observe guère que sur les branches taillées -, portent le nom de rameaux à bois ou gourmands (g fig. 54 et g fig. 56).

 

2.     Le rameau grêle qui mesure de quinze à trente centimètres, est une brindille (b fig. 52 et b fig. 56).

 

3.     Un rameau droit et raide s'appelle dard (d fig. 52 et d fig. 56), lorsqu'il mesure de deux à quinze centimètres et lambourde (l fig. 52 et l fig. 56), lorsqu'il ne dépasse pas deux centimètres.

 

Le dard et la lambourde peuvent être insérés directement sur la branche, ou bien sur la brindille.

 

Le plus souvent ces deux productions ne possèdent qu'un œil bien conformé, le terminal. Cet œil d'abord pointu et relativement petit, grossit insensiblement en même temps qu'il s'arrondit. Dans cet état, il renferme les rudiments de fleurs qui s'épanouiront au printemps (fig.55). Toute production terminée par un bouton à fruit est dite couronnée.

 

Après la fructification, la même production présente un renflement charnu appelé bourse (fig. 49).

 
 
 

2. Traitements des productions fruitières.

 

L'expérience a démontré que les productions fruitières à deux yeux sont les plus avantageuses. C'est dans cette hypothèse que nous raisonnons. Toutefois un seul œil suffit à la production lorsque l'arbre est très faible, et trois yeux sont préférables dans le cas d'arbres très vigoureux.

 

 

 

2.1. Traitement par la taille d'été.

 

Lorsqu'un bourgeon donne une pousse qui prend les allures de gourmand (g fig. 56) -cas très fréquent au sommet des branches taillées- on la supprime sur empattement (e fig. 56), c'est-à-dire à deux ou trois millimètres de son insertion. On laisse aux sous-yeux le soin de constituer une ramification plus faible.

 

Tout bourgeon donnant une pousse qui possède deux yeux bien conformés sera aussitôt pincé au-dessus du deuxième œil (Pincer un bourgeon, c'est en supprimer l'extrémité herbacée avec les ongles). A la suite du pincement, le bourgeon subit un arrêt plus ou moins long, parfois même définitif. Entretemps la nourriture qu'il aurait attirée profite aux ramifications plus faibles.

Lorsque l'œil supérieur saute en faux-bourgeon, on pince celui-ci à un œil. S'il reperce encore, ce qui est très rare, on pince de nouveau à un œil. Le départ des deux yeux signifierait que nous nous sommes trompés, que nous avons affaire à un gourmand. En conséquence nous le supprimons sur empattement.

 

 

 

2.2. Traitement par la taille d'hiver.

 

Lorsqu'on néglige de pincer, la branche se garnit de productions de tout calibre, depuis l'humble lambourde jusqu'au gourmand.

 

Le gourmand (g fig. 56) sera enlevé sur empattement' (e). La production fruitière naîtra des sous-yeux, mais avec un retard d'un an.

 

Le dard (d) et la lambourde (l fig. 56) ne seront pas taillés.

 

Le rameau moyen (b), la brindille sera taillée sur deux yeux bien apparents (t fig. 56). Trois résultats sont à prévoir:

 

Dans le premier cas, le but est atteint, il n'y a plus à tailler.

Dans le second cas, on taille la brindille (br) sur un œil.

Dans le troisième cas, on rabat la production sur le rameau inférieur (ri) et l'on taille celui-ci à deux yeux. Ce dernier résultat ne s'observe guère que sur les arbres très vigoureux. C'est pour cette raison que, dans le cas d'une végétation excessive, il est préférable de tailler à trois yeux.

 

La troisième année et les subséquentes voient encore surgir des rameaux où, normalement, devraient se trouver des lambourdes. On traite ces cas par analogie d'après les indications qui précèdent, de façon que chaque production fruitière porte deux lambourdes.

 

En même temps que l'on procède à la taille d'hiver, on pratique éventuellement un cran au-dessus des yeux faibles insérés à la base des branches pour les inciter à sortir (cr. fig. 56 et fig. 57).

 

La supériorité du traitement par le pincement est trop évidente pour qu'il soit nécessaire de la faire ressortir. Indépendamment d'autres avantages que nous avons signalés, cette méthode possède celui-ci: la brindille soumise au pincement fructifie d'habitude la seconde année, tandis que les boutons se font attendre quatre et même cinq ans sur la brindille taillée.

 

 

 

2.3. Taille en vert.

 

Lorsqu'on attend trop longtemps et que les bourgeons sont plus ou moins lignifiés, le pincement n'a plus guère d'efficacité; on peut dans ce cas, à partir de fin juillet, appliquer la taille en vert: on supprime toutes les pousses inutiles et l'on raccourcit les autres à quatre ou cinq yeux. Si l'on taillait directement sur deux yeux, ceux-ci pourraient sortir et comme les jeunes pousses n'auraient plus le temps de s'aoûter, la plupart périraient par la gelée.

 

La taille en vert offre cet avantage d'affaiblir quelque peu les rameaux opérés, mais elle ne dispense pas de la taille d'hiver.

 

 

 

 

3. Formes convenant au pommier et au poirier.

 

Les formes qu’il est possible de donner à ces arbres fruitiers sont extrêmement nombreuses; j’en ai choisi deux pour leur facilité de réalisation et d’entretien: le buisson (extrêmement simple) et la pyramide (simple).

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L'arbre abandonné à sa végétation naturelle offre cet inconvénient d'occuper trop d'espace et, surtout, de l'occuper mal: l'intérieur de la charpente se dénude et les fruits n'apparaissent que sur le pourtour, En revanche il est très précoce au rapport et, le plus souvent, très fertile.

 

Qu'on ne l'oublie pas : la taille même la mieux ordonnée, n'a jamais avancé la mise à fruit. Néanmoins la taille est nécessaire à la création de formes reconnues supérieures à la végétation libre. Mais réduisons-la au strict minimum! Si quelque branche menace de s'emporter, domptons-la par le pincement ou l'arcure plutôt que par la taille; nous éviterons du même coup les gourmands qui surgissent presque toujours dans le voisinage de la coupe.

 

On n'applique la première taille de formation que sur des sujets plantés d'un an au moins, Avant d'entreprendre une nouvelle série de, branches ou étage on attend que l'étage précédent soit suffisamment fortifié.

 

 

 

3.1. La pyramide

 

La pyramide comprend une tige verticale garnie de branches charpentières sur tout son pourtour. La longueur de ces branches diminue progressivement de la base vers le sommet (fig. 77).

 

Les branches immédiatement superposées seront distancées de quarante centimètres.

 

Plus encore que chez les formes palissées, les productions fruitières sont tenues très courtes, parce que l'air et la lumière arrivent plus difficilement au cœur de l'arbre.

 

Chez la pyramide les branches doivent être assez rigides pour se soutenir d'elles-mêmes. On est donc obligé, pour ainsi dire, de raccourcir les prolongements. On évite les gourmands qui s'ensuivent en éborgnant les deux ou trois yeux avoisinant l'œil de taille. Toutefois, par le pincement rationnel des prolongements et par le palissage sur baguettes des branches très flexibles on parvient, sinon à supprimer la taille d'hiver, du moins à la réduire à sa plus simple expression.

 

Pour former la pyramide, on taille le scion d'un an à cinquante centimètres du sol. On supprime tous les yeux supérieurs sur une longueur de dix à douze centimètres. L'onglet (0 fig. 78) conservé sert à palisser la flèche: on l'enlèvera l'année suivante.

 

On obtient ainsi un prolongement et cinq à six branches. Le prolongement se taille de la même façon chaque année, en choisissant toutefois le bourgeon au dessus duquel on taille, de façon à ce que l'axe de l'arbuste reste sensiblement à la verticale du pied. Toutefois, lorsqu'un étage paraît trop faible, on diffère d'un an la formation de l'étage immédiatement supérieur, et l'on taille la flèche très court.

 

Voici comment on traite chaque étage: on pince le prolongement aussitôt qu'il dépasse soixante centimètres; le bourgeon latéral supérieur est pincé à vingt centimètres et les suivants de plus en plus long, pour terminer par trente cinq à quarante centimètres avec le dernier.

 

A défaut de pincement, on applique la taille d'hiver dans les mêmes conditions (fig. 78). Mais ici encore, la supériorité du pincement est indiscutable: il rend les rameaux plus rigides et modère la vigueur des supérieurs au profit des inférieurs.

 

Quant aux étages antérieurs, on les traite soit par le pincement, soit par la taille d'hiver, de sorte que la longueur des branches diminue progressivement depuis la dernière à la base jusqu'à la plus voisine du sommet (fig. 79).

 

 

 

3.2. Le buisson

 

Le buisson représente à peu près l'arbre dans sa végétation naturelle. On applique une couple de tailles comme pour la pyramide, ensuite on abandonne l'arbre, sauf à modérer, de ci de là, une branche trop fougueuse et à éclaircir au besoin.

 

Par sa facilité d'exécution et surtout par sa grande fertilité, le buisson constitue un argument vivant en faveur de la non-taille.

 

 

 

4. Eclaircissage des fruits.

 

Certaines variétés, qui ont une fertilité excessive (Reine des reinettes, Ligita), obligent à supprimer une partie des jeunes fruits le plus tôt possible, afin d’obtenir une récolte de bonne qualité: calibre, taux de sucre et arômes suffisants. Cet éclaircissage des fruits permet aussi de réduire l'alternance, phénomène qui consiste à produire une récolte une année sur deux et qui est très fréquent chez les vieilles variétés. Certaines années favorables à la pollinisation, il peut aussi être nécessaire d’éclaircir des variétés qui en année normale ne nécessitent pas d’intervention.

 

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